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quarta-feira, 22 de março de 2017


   "Réponds-moi", lui ai-je dit. Elle a lancé un nuage de fumée.
   - Tu me poses une question difficile, je vais te faire une réponse difficile: fais tes bagages et pars.
   - Partir, partir où? En quelque lieu étranger où je ne le verrai jamais? Non, je ne veux pas; alors, tout le monde, pas seulement les domestiques, se moquerait de moi.
   C'est pas de toi qu'on se moquerait, si tu partais; c'est de lui.
   - Je ne veux pas faire cela.
   - Pourquoi me demandes-tu, si quand je te réponds, tu dis non? Pourquoi es-tu venue jusqu'íci, si quand je te dis la vérité, tu dis non?
   - Mais il doit y avoir quelque chose d'autre que je puisse faire.
   Elle s'est rembrunie.
   - Quand un homme t'aime pas, plus tu cours après, plus il te déteste, l'homme est comme ça. Si tu les aimes, ils te traitent mal; si tu les aimes pas, ils sont après toi nuit et jour à te bassiner avec leur amour. J'ai entendu parler de toi et de ton mari, a-t-elle ajouté.
   - Mais je ne peux pas partir. C'est mon mari après tout.
   Elle a craché par-dessus son épaule.
   - Toutes les femmes, de toutes couleurs, c'est rien que des imbéciles. Trois enfants, moi, j'ai eu. Un en vie ici-bas, chacun d'un père différent, mais pas de mari. Dieu merci! Moi, je garde mon argent. Je le donne pas à chacun vaurien d'homme,
   - Quand dois-je partir? Où dois-je aller?
   - Mais c'est un monde! Une jeune Blanche riche comme t'es et plus sotte que toutes les autres! Un homme te traite pas bien, relève ta jupe et sors. Fais-le et il te court après.


  Rhys, Jean. La prisonnière des sargasses. Paris: Éditions Gallimard, 1971, pp 134-135 ( Traduit de l'anglais par Yvonne Davet).
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segunda-feira, 20 de março de 2017



   L'éveillerai-je pour entendre les choses qu'elle me dit, me murmure dans l'obscurité. Pas durant le jour.
   - Je n'avais jamais le désir de vivre avant de vous connaître. Je pensais toujours qu'il serait préférable que je meure. Avoir si longtemps à attendre avant que ça finisse!
   - Et avez-vous jamais dit cela à quelqu'un?
   - Il n'y avait personne à qui le dire, personne pour m'écouter. Ah! vous ne pouvez vous faire une idée de Coulibri!
   - Mais après Coulibri?
   - Après Coulibri, c'était trop tard. Je n'ai pas changé.
   Toute la journée elle était comme toute autre jeune femme, se souriait dans son miroir (Aimez-vous ce parfum?), essayait de m'apprendre ses chansons, car elles me hantaient.
(...) Il lui arrivait souvent d'être silencieuse, ou irritée sans motif, et elle bavardait avec Christiphine en patois.
   Je lui disais:
   - Pourquois serrez-vous dans vos bras et embrassez-vous Christophine?
   - Pouquoi pas?
   - Moi, je ne serrerais pas dans mes bras ni n'embrasserais des nègres. Je ne le pourrais pas.
   De cela elle riait longuement, sans jamais me dire pourquoi elle riait.
   Mais la nuit, combien elle était différente! Même sa voix était changée. Toujours à parler de mort. (Essaie-t-elle de me dire que c'est cela, le secret de cet endroit? Qu'il n'y a pas d'autre issue? Elle sait. Elle sait.)
   - Pourquoi m'avez-vous rendue désireuse de vivre? Pourquoi m'avez-vous fait cela?
   - Parce que je le désirais. N'est-ce pas une raison suffisante?
   - Si, c'en est une. Mais si, un jour, vous ne le désires plus. Qu'est-ce que je deviendrais, alors? Supposez que vous me retiriez ce bonheur pendant que j'ai le dos tourné...
   - Et que je perde le mien? Qui serait à ce point stupide?
   - Je n'ai pas l'habitude de bonheur, dit-elle. Il me fait peur...
   - N'ayez jamais peur. Ou, si vous avez peur, ne le dites à personne.


   Rhys, Jean. La prisonnière des sargasses. Paris: Éditions Gallimard, 1971, pp 110-112 (Traduit de l'anglais par Yvonne Davet).
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