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sábado, 14 de janeiro de 2017

Il faut se figurer une ligne de crête dans les montagnes et marcher sur cette ligne en tâchant de ne chuter dans le vide éthique ni d'un côté ni de l'autre: deux précipices bordent le chemin d' une existence, qui sont, d'une part, la tentation de penser sur le modèle de ce que nous vivons (c'est le désir de l'homme intense) et, d'autre part, la tentation de vivre sur le modèle de nos pensées (c'est l'espérance des sages et des hommes de foi; c'est aussi, peut-être, la promesse électronique).
   La vie éthique n'est ni la vie sage ni la vie électrique, ni la recherche du salut, ni la quête spontanée d'intensité. C'est une vie capable de ne pas se livrer à son intensité et de ne pas chercher à s'en délivrer. C'est un chemin étroit qui sinue à travers tous les discours, le long duquel il faut renvoyer inlassablement dos à dos ceux qui nous disent de penser intensément et ceux qui nous enjoignent de vivre également, asservissant ainsi une partie de nous-même à l'autre partie (...). Pour ne pas affirmer et pour ne pas nier l'intensité de la vie, il faut apprendre à éprouver cette intensité dans la résistance; on ne ne se sent vraiment  vivre qu'à l'épreuve d'une pensée qui résiste à la vie, et on ne se sent vraiment penser qu'à l'épreuve d'une vie qui résiste à la pensée.

  Garcia, Tristan. La vie intense, une obsession moderne. Paris: Éditions Autrement, 2016, p 196.
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domingo, 8 de janeiro de 2017


"La médiocrité est bourgeoise", résume Simone de Beauvoir dans ses Mémoires d'une jeune fille rangée, Tous ses qui, durant un peu plus d'un siècle ont désiré désespérément de l'intensité pour vivre et pour penser ont hait cette classe sociale intermédiaire qui n'était ni l'aristocratie dépositaire du passé ni le prolétariat à qui l'avenir semblait promis. Pas de pire insulte pour l'homme moderne que: "Bourgeois!" Qu'est-ce que ça veut dire? Ça signifie: "Tu es sans intensité." Le bourgeois (...) c'est le Homais de Flaubert, c'est l'objet des sarcasmes de Rimbaud et des insultes des jeunes gens de la chanson de Brel ("les bourgeois c'est comme des cochons"). "Il est justement, botaniste et pansu", se moque un vers amusant du "Monsieur Prudhomme" de Verlaine. De Borel, Baudelaire, Daumier, Courbet à Dylan (...) le bourgeois est l'homme qui résiste passivement à l'intensification de ces sens. C'est, éclairé par sa lampe de salon, l'homme dépouvu d'électricité intérieure.
     Homme installé, sédentaire, marié, à la vie programmée, qui aime modérément l'amour, qui connaît juste ce qu'il faut de science, marchand, comptable, il est le point d'équilibre de la société. Mais il a étè aussi le dernier point de résistance sociale à l'intensité éthique. (...) Devant l'adversité bourgeoise, l'idée de vivre intensément prenait encore un sens transgressif et électrisant. Plus encore que le prêtre ou le philosophe donneur de leçons, le bourgeois a représenté sans doute le derniere contraire de l'intensité. Le bourgeois n'est pas homme de danger, ni de pari. Il ne connaît jamais le frisson sans s'assurer de sa sécurité (...).
     Mais le bourgeois aussi a voulu être intensément ce qu'il est, être confortablement installé et frissonner pourtant dans son siège, à vivre de petites stimulations quotidiennes (...). Puisque l'intensité n'est plus déterminée comme contenu, mais seulement comme manière, chacun peut chercher à acquérir les moyens de pimenter son existence trop fade (...) l'homme intense est donc condamné à inventer des ruses pour éviter l'embourgeoisement qui menace sans cesse son sentiment de vivre.
(...) Il faut changer, connaître diverses passions, expérimenter des amours en tout genre, mesurer sans cesse ce qui les sépare, découvrir l'inconnu; l'expérience humaine ne se forge que dans l'altération permanente de son objet. De ce point de vue, l'identique affaibit, et le différent renforce le sentiment (...). L'homme intense s'engage dans une course contre toute forme d'identification à la fois de ce qu'il est, de ce qu'il sait et de ce qu'il sent.


  Garcia, Tristan. La vie intense, une obsession moderne.Paris: Éditions Autrement, 2016, pp 117-119.
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quinta-feira, 5 de janeiro de 2017


Tristan Garcia (n. 5/4/1981 -          ) filósofo e escritor francês, atualmente Professor na Universidade Jean Moulin - Lyon 3, Doutorado em Filosofia e influenciado por Aristóteles, Badiou, Witgenstein e Sandra Laugier é autor - até à data - de seis romances e seis ensaios de Filosofia. Em La vie intense, Garcia traça o perfil do homem contemporâneo a partir da ideia de intensidade, esboçada no séc. XVIII e sob os efeitos da descoberta da eletricidade. Veja-se, por exemplo, o modo como analisa e articula as filosofias de Sade, do Romantismo e do Rock! Ao longo de todo o livro esta intensidade é caraterizada nas suas múltiplas vertentes e naquilo que distingue o homem intenso daquele outro homem que poderia ser encontrado no período que vai da Antiguidade à Idade Moderna (séculos XVI-XVII). A intensidade surgirá depois, na visão do filósofo, como instância transportando no seu seio não só uma multiplicidade de contradições, mas também uma Lógica que lhe é específica. Estamos, aqui,  perante uma análise rigorosa e exaustiva do tema em questão, repleta de referências (filosóficas, musicais, etc.) e que não deixa de fora a relação deste homem intenso com o paradigma axiológico do neoliberalismo. Obra fundamental para compreender a contemporaneidade!
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Or cette idée familière à l'esprit moderne devient intrigante dès que nous l'isolons et que nous la contemplons du dehors; un lettré de l'Antiquité, un esprit du Moyen Âge, un homme vivant sous la dynastie des Han, un brahmane de la civilisation védique auraient-ils soumis, comme nous le faisons, toutes leurs valeurs (esthétiques, morales, politiques) à ce critère d'intensification? Rien n'est moins sûr. L'absoluité, l'éternité, la vérité ou la simplicité l'auraient sans doute emporté comme critère final de jugement. Nous avons hérité d'une forme d'humanité plus suspicieuse à l'égard de ces critères classiques, et qui les a remplacés par la fétichisation de l'intensité: ce que nous pouvons espérer de meilleur, ce que nous trouvons le plus beau et le plus vrai, ce à quoi nous croyons, c'est à l'intensification de ce qui est déjà. L'intensification du monde, l'intensification de notre vie. Voilà la grande idée moderne. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a dans cette idée d'intensité, quand nous l'observons de loin, ni salut ni sagesse. Ce n'est pas la promesse d'une autre vie, d'un autre monde. Ce n'est pas non plus la perspective qui existe dans tant des cultures humaines d'un équilibre (...). L'intensité que tout nous promet dans le monde contemporain est un programme éthique qui chuchote d'une petite voix dans tous nos plaisirs et dans toutes nos peines: "Je te promets plus de la même chose. Je te promets plus de vie."
(...) la perspective du salut ou de la sagesse a été remplacée par la stimulation ou le progrès de tout notre être, jusqu'à son électrisation.


 Garcia, Tristan. La vie intense, une obsession moderne. Paris: Éditions Autrement, 2016, pp 24-25.
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