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quarta-feira, 8 de junho de 2016


Tous ces noms, ce passé chaque jour plus profond, toutes ces gloires enfiévraient ma rêverie. Marcel complétait ainsi sa leçon du premier soir de retour à Port-Vendrtes. Mon univers se peuplait de dieux, de légions couronnées, de pirastes, arabes, d'impératrices malheureuses. Mais je ne savais pas encore comment fonctionnait le télégraphe ou le phare à miroirs. Poutant, c'était au phare peint en rouge que je venais souvent retrouver Marcel. Il y avait été retenu par son travail et je frappais sans aucune timidité à la porte de la maison du gardien. L'ingénieur y avait un lit de camp dressé dans la salle commune. Quand j'arrivais, Marcel était penché sur la table de bois blanc et couvrait un cahier de petites lignes. (...) J'appris ainsi à lire peu à peu la bonté, la prévenance, l'affection, sans le secours de la parole ou les expressions d'un visage dont les traits demeuraient immobiles. Quand Marcel avait terminé son rapport et moi mon dessert, nous sortions tous les deux et nous visitions les criques minuscules qui sont autant de plages secrètes et parfaites avant l'arrivée à Banyuls. (...) Cependant, j'átais assis au bord de la table, le visage appuyé à mes deux mains. J'avais appris du gardien de phare et de tous les gens de ce pays le contrôle de mes nerfs. Mais ce n'átait pas comme eux, la bonté, la gentillesse, que je masquais à mon tour. Sous le regard d'un enfant sage et charmé, je dérobais à mon ami, échauffé par sa lecture, ma méfiance, un léger mépris, les pires sentiments de mon coeur.


   Fraigneau, André. La grace humaine. Monaco: Editions du Rocher, s/d., pp. 86 - 89.
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segunda-feira, 6 de junho de 2016



Je pris peur soudain pour mon voisin de l'aveu trompeur de ces larmes. C'est que je commençais de penser à lui comme à moi-même. Cette nouveauté me débarrassa de mes maladresses. Il ne s'agissait plus d'échafauder quelque projet d'évasion romantique, mais de courir au plus pressé. Ce n'était pas si facile. La seule fenêtre par laquelle le soleil prolongeait son suplice direct était la dernière du couloir à l'autre bout du wagon et je ne voulais pas donner à l'aide que je venais d'imaginer l'attention d'aucun voyageur ni surtout celle, je l'espérais bien, de celui que je voulais secourir. D'ailleurs, ce dernier nous avait-il même aperçus, mon camarade et moi, depuis notre venue? Je me levai, je franchis le paquet de bavards tassés dans l'ombre, je flânai debout aux portières du couloir. Les marais, devant moi, continuaient de s'étendre; j'en avais toujours aimé la grande platitude stérile qui se couvre de phosphorescences chromatiques et puis se plombe, à la fin du jour, se gâte, enfin vit et meurt comme une perle. Mais ce soir, avec mon nouveau coeur, avec le coeur d'un autre, celui d'un fugitif rattrapé, je détestais cet écran si net qu'une silhouette humaine s'y distingue à des lieues (...) j'en abaissai le rideau bleu au chiffre de la compagnie. C'était toute la nuit que je pouvais faire. Je revins à mon compartiment les mains ballantes, inutiles, ouvertes. J´étais encore debout audessus des gendarmes et des comparses que je venais de contribuer à assombrir. Alors, le prisonnier qui n'avait pas remué depuis deux heures tourna la tête de mon côté. Je reçus son regard où il n'y avait plus de larmes (...). Sa bouche tendue se deserra. Je vis l'effort de la pomme d'Adam un peu saillante au-dessus de son col. Puis ses lèvres s'ouvrirent. Il me sourit. Je ne suis pas près d'oublier ce sourir-là. Enfin, sa parole: "Merci", dit-il.


  Fraigneau, André. La grâce humaine. Monaco: Editions du Rocher, s/d., pp. 26 - 27.
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segunda-feira, 14 de setembro de 2015



(...) j'en pousse la porte de branchages. Dormir. Où est Hornig? Le feu crépite et il fait très chaud. "Hornig!" Un froissement vient du lit, dans l'ombre. Que vois-je? Le jeune cocher s'est glissé sous les fourrures. Je les soulève. Il est nu. Et maintenant, il me regarde, sans peur, sans insolence, avec ses yeux noirs, un peu brillants. Le feu projette des lueurs sur sa peau hâlée et lisse. Hornig ressemble à un jeune animal, souple, musclé, avec, tout juste au creux de la poitrine, un épi de poils, court, luisant comme une plume de merle. La situation est si extravagante que je sens ma colère royale dépassée et inutilisable. Le garçon est peut-être devenu fou? Je dis, le plus doucement possible: "Mais, Hornig, qu'est que tu fais lá?" Le jais des yeux s'embue, la bouche tremble. La voix chuchote, au comble de la honte: - "Wolk m'avait dit..." Ah! c'est Wolk. La stupéfaction me paralyse. (...) et la tête cachée sous les bras dont les muscles tremblent, Hornig pleure: - "J'ai déplu au Roi." Il ne cherche pas à se lever, à fuir; il est écrassé d'une douleur dont l'accent vrai me frappe. Je m'assieds sur le bord du lit. (...) le long de son cou, une chaînette d'or et ramènent du dos où elle avait été rejetée une médaille, que je saisis, que je scrute, en rapprochant mon visage de la chaleur violente de ce corps et de son odeur d'ambre.
   Je découvre mon profil! gravé sur une des pièces distribuées le jour de mon couronnement. Je trouve cet argument sans réplique. J'ai froid: enfim, les bruns ne sont pas mon genre.


   Fraigneau, André. Le livre de raison d'un roi fou, Louis II de Bavière. Paris: Éditions de La Table Ronde, 1994, pp 71 - 73.
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domingo, 13 de setembro de 2015





Berg, 1863.


   J'ai dix-huit ans. J'ai obtenu comme cadeau de majorité une semaine de solitude. Plus de frére, de professeurs, de courtisans. Ce caprice a fait três mauvaise impression. On eût voulu promener le prince héritier dans les rues de Munich. (...) J'aime ce petit château familier, l'air vif et pur ce grand lac de Starnberg un peu sauvage, où les hautes touffes de roseaux embarrassent le glissement des barques. L'autre matin, sous un ciel clair, j'ai ramé tout seul, puis immobilisé mon embarcation au milieu de l'eau, jusqu'à ce que celle-ci ait perdu ses rides. Je me suis penché pour voir le reflet de mon visage. Mes grands yeux plongèrent dans mes yeux et je vis courir derrière ma tête des nuages charmants. Le beau moment!
   Je me constatai, majeur, radieux et seul. J'eusse voulu me pencher suffisamment, jusqu'à toucher le reflet de mês lèvres qu'une légère palpitation de la nappe faisait bouger d'un mouvement qui ne naissait pas de mon souffle. Et cette seule, légère, frissonnante différence entre mon reflet et son modèle m'eût suffi, je crois, pour ressentir et consommer tout ce qu'on appelle l'amour.


     Fraigneau, André. Le livre de raison d'un roi fou, Louis II de Bavière. Paris: Éditions de La Table Ronde, 1994, pp 34 - 35.
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